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Les œuvres d’art de Notre Dame de Paris

Si vous suivez un minimum l’actualité, vous n’êtes pas sans savoir que Notre Dame de Paris a brûlé. En ce lundi 15 avril 2019, le toit de cette belle cathédrale a pris feu en début de soirée. Cette grande dame a fêté en 2013 ses 850 ans d’existence. J’étais là à ce moment-là. Sur le parvis, un soir de janvier, à la contempler dans le froid glacial sur les gradins disposés pour l’occasion. Et là… en quelques heures, cette magnifique construction a perdu de son caractère artistique ! Fort heureusement, les pompiers ont eu l’ordre de sauver les œuvres d’art de Notre Dame de Paris.

Mais au final… qu’ont-ils sauvé ?

Une représentation multiple de Notre Dame de Paris

La cathédrale de Notre Dame de Paris est connue mondialement. Au travers d’œuvres d’art telles que des tableaux comme la Vue de Notre Dame que Matisse a peint en 1914. Il est actuellement actuellement au MOMA de New York. Ou encore des livres, tels que le célèbre Notre Dame de Paris de Victor Hugo.

Mais même dans les arts les plus reculés et moins connus du grand public, Notre Dame de Paris y est présente. Les gamers la connaissent sans doute grâce au jeu Assassin’s Creed, et lui rendent un hommage digital depuis le 15 avril 2019.

Ce lieu de culte est partout, dans les dessins-animés, ou encore même jusque dans les chansons. Dont La Môme. Qui faisait rêver nos ancêtres en nous chantant Notre Dame de Paris ? Certes, ce titre est beaucoup moins connu que La Foule (le lien suivant a dû être énormément partagé ces dernières semaines !).

Ou encore quand Bob Dylan parlait du bossu dans Desolation Row. Et quand dans les années 2000, la troupe Notre Dame de Paris enchantait les spectateurs avec leur comédie musicale. Ma sœur n’arrêtait d’ailleurs pas de les écouter, et à cause (grâce ?) de cela, je connaissais toutes les paroles. Ah les goûts et les couleurs… à chacun sa sensibilité artistique !

Le monde artistique est en deuil

La cathédrale a enchanté plusieurs générations, nous l’aurons compris. Mais ce que nous ne savons pas, ou peu, c’est qu’il se trouvait, en son enceinte, les œuvres d’art de Notre Dame de Paris.

cathédrale de notre dame de paris
Cathédrale Notre Dame de Paris

Pour exemple, la cathédrale se voyait offrir à chaque 1er mai entre les années 1630 à 1707, des tableaux commandés tout spécialement par la Corporation des Orfèvres. Ces œuvres d’art dédiées à la Vierge Marie font partie à présent du patrimoine matériel, mais… nous avons appris que certains tableaux ont été détruits pendant cet incendie. Quatre de ces « grands mays » comme on les appelle, puisque ce sont des tableaux d’environ 2x3m sont perdus à jamais. N’oublions pas que le marché de l’art fluctue au fil des âges, au fil des avis d’experts. L’art ne dépend que d’une poignée d’hommes décideurs.

En revanche, les seize statues de cuivre qui ornait la flèche de Notre Dame de Paris ont été sauvées. Et ce, miraculeusement quelques jours avant. En effet, comme la restauration était en cours sur le toit de la cathédrale, il était plus judicieux pour accéder à la flèche plus tard de les enlever afin de les restaurer également en amont.

La Passion du Christ

Des reliques sacrées pour le monde catholique ont pu ainsi être sauvées des flammes. Quelques autres ont hélas péri dans l’incendie. Elles se trouvaient à l’intérieur du coq au sommet de la flèche de Viollet-le-Duc (qui fût démontée pendant la Révolution) et qui servaient de paratonnerre spirituel selon le diocèse. Si ces reliques étaient inestimables, pourquoi les avait-on mises dedans, sans réelle sécurité ? Tout comme toutes les œuvres qui ont hélas disparues, je me demande encore à présent pourquoi n’y a t-il pas eu plus de meilleures précautions, et surtout pourquoi nous n’avions pu voir certaines d’entre elles, inaccessibles au public ? Ou seulement pour certains privilégiés…

La Couronne d’épines et la tunique de Saint-Louis sont les toutes premières œuvres d’art de Notre Dame de Paris, dites majeures, à être emmenées loin des flammes. Il s’agirait de la Sainte Couronne d’épines que les romains auraient posée sur la tête du Christ. La cathédrale aurait également un clou et un morceaux de la croix. Ces éléments de la Passion du Christ sont en possession de Notre Dame de Paris. Plusieurs sanctuaires prétendent posséder la Sainte Couronne, voire une Sainte Épine en relique de première classe… Cependant, ces reliques (à priori originales) conservées au Trésor de la cathédrale de Notre Dame, ces reliques de la Sainte Chapelle, acquises par la monarchie française durant le XIIIème siècle, étaient exposées tous les vendredis saints et premiers vendredis du mois au public.

L’art du verre coloré

Les vitraux font également partie des œuvres d’art de Notre Dame de Paris. Le site web de la cathédrale nous apprend que ces trois rosaces de vitraux était le « plus grand chef d’oeuvre de la Chrétienté ». Créés par Jehan de Chelles, architecte au XIIIème siècle, ils furent tout d’abord blancs. Puis, l’absence de couleur dérangea et ils furent remplacés rapidement. C’est quand même plus artistique et surtout… plus visible ! On pouvait voir à l’époque, la signature de l’architecte sur la Rose sud ou la Rose du Midi.

vitrail de notre dame de paris
Vitrail de Notre Dame de Paris

Cette dernière est portée sur le Nouveau Testament. Elle a déjà été restaurée maintes fois. Le problème réside dans le fait que ces multiples modifications suite à des incendies, malfaçons, etc. ont détourné le dessin original des vitraux. Impossible de savoir, devant le peu d’informations que nous avons au niveau des archives, quel était le dessin initial. Cette énième restauration qui sera donc entreprise ne bouleversera qu’encore plus ce vitrail. L’art est évolutif, et la cathédrale a vu beaucoup de rénovations au fil des siècles. A-t-on déjà vu un bâtiment conserver entièrement, plusieurs siècles plus tard, son architecture, ses peintures, ses sculptures…? Non ! Car les Hommes doivent le réhabiliter continuellement afin de lui redonner de l’éclat. Sans cela, le délabrement n’est pas loin. Ainsi, les artistes auront fort à faire pour « rebâtir » ces beaux vitraux et pourquoi pas, nous pourrons découvrir la richesse du travail du vitrail du XXIème siècle.

Les Bourdons du Printemps

Nous ne parlerons pas de la polémique qui fait rage sur ces cloches entreposées et qui pourraient être à l’origine de l’embrasement, selon l’une des hypothèses actuelles des enquêteurs. Mais pour autant, saviez-vous que les cloches de Notre Dame de Paris ne sont plus, depuis longtemps, celles qui sonnaient au XIIIème siècle ?

Notre Dame comportait de base huit cloches et deux bourdons. Sauf qu’à l’époque de la Révolution, l’un des bourdons (tour sud) et les huit cloches (tour nord) ont fini en canon… Et oui, elles ont été fondues ! À notre époque, on jugerait cela impardonnable. Le bourdon Emmanuel est encore en place et l’on peut se féliciter que cette oeuvre soit restée présente. Les cloches fondues ont été remplacées en 1856. Mais la malfaçon et l’alliage de piètre qualité nous a fait grincer les oreilles pendant près de deux siècles.

Chaque cloche a son propre nom et correspond à un saint, ou à une personnalité digne de l’Église (vivent les dons !).

Grâce à une énorme campagne de dons en 2012-2013, les huit cloches ont donc été refaites et le grand bourdon disparu a également été remplacé. Le travail de qualité de notre époque, suivant un moule particulier, a permis de retrouver une qualité acoustique irréprochable. Ainsi au printemps 2013, Emmanuel a pu aller se reposer, Marie a pris la relève afin d’économiser son ami bourdon.

Beaucoup de Gabriel ont été conviés à la cérémonie de mai leur portant hommage, mais la cloche portait déjà ce nom au XVème siècle, en l’honneur du Saint Gabriel qui annonça la naissance de Jésus à Marie.

L’orgue de Notre Dame de Paris

L’orgue de la cathédrale de Notre Dame de Paris fût installé au tout début du XIIIème siècle. Les cachets à l’organiste mentionnés dans le livre de compte de la cathédrale de cette époque attesterait de son grand âge. Lui aussi a subi beaucoup de déplacements, et également de restaurations afin de le pérenniser. Deux autres orgues ont été installés et ainsi, le grand orgue, l’orgue de chœur et l’orgue positif ont su apporter une réelle plus-value à la cathédrale de Notre Dame de Paris dans le monde musical.

orgue de notre dame de paris
Orgue de Notre Dame de Paris

Ces multiples restaurations (dont une complète du grand orgue en 1992) n’ont jamais altéré sa symphonie, contrairement aux cloches. Bien au contraire. Tout comme Notre Dame de Paris, ce n’est qu’une énième version de l’orgue. Grâce au travail des restaurateurs, la modernisation de l’orgue a ainsi pu garder les strates antérieures et optimiser le reste par les techniques modernes !

Perte ou renouveau pour l’humanité ?

Ne dit-on pas que l’herbe devient plus verte après une bonne coulée de lave ? Qui n’a jamais entendu que les vignes plantées sur les flans du Vésuve façonnent un vin qui est excellent ?

L’art est tel que cela depuis des siècles. Les restaurateurs continuent leur travail de minutie et réparent les aléas du temps, des accidents ou encore ceux de la conservation. La réelle plus-value, ce sont les artistes qui l’apportent. Et non pas les œuvres. La création en elle-même est plus importante que l’oeuvre directement. L’art est éphémère. D’ailleurs, aviez-vous déjà vu les œuvres qui ont disparu en ce jour de 15 avril 2019 ?

Cependant, nous avons là une opportunité incroyable de reconstruire de nouvelles œuvres d’art de Notre Dame de Paris. Pourquoi ? Nous avons assisté à un rassemblement collectif pour pleurer cette tragédie. Pourquoi ne pas ainsi nous rassembler à nouveaux ? Rassembler des architectes, des artistes de part et d’autre du monde entier pour cette reconstruction ?

Apportons de l’importance à ce que nous avons oublié et allons visiter des monuments ou admirer des tableaux que nous n’avions pas encore vus. Ces œuvres qui existent depuis des siècles et qui, peut-être devant lesquelles nous passons tous les jours, sans même plus les regarder…

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