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Le Monde de Steve McCurry : exposition 2019 à la Sucrière

Si vous devez voir, en ce début d’année 2019, une exposition à Lyon, c’est bien celle-ci. « Le Monde de Steve McCurry » nous transporte dans son propre univers artistique au travers de ses photographies. Que dis-je… de ses œuvres photographiques ! Portrait et impressions d’un artiste révélé mondialement en 1985.

RDV à la Sucrière Lyon 2 – Confluence

Cette exposition tient place à la Sucrière, galerie d’art construite dans les années 30 sur la péninsule proche du musée de la Confluence. Ce bâtiment autrefois usine / entrepôt général des sucres a été transformé en galerie d’art dans les années 90. Elle accueille également la biennale de Lyon depuis 2003. Ces anciens entrepôts abritent régulièrement de majestueuses expositions et permettent ainsi de découvrir des œuvres dans lieu empreint de charme historique.

 

Le succès de Steve McCurry

J’ai découvert l’ouverture de cette exposition grâce à un ami. Au détour d’une conversation, il me racontait ce qu’il allait faire ce weekend avec sa famille. Pour appuyer ses dires sur l’exposition sublime qu’ils allaient faire, il m’a montré la photographie de l’afghane aux yeux verts, Sharbat Gula prise par Steve McCurry en 1983. Cette photo est mondialement connue, et est parue dans le National Geographic de 1985. Le photographe a d’ailleurs tout tenté pour retrouver cette femme quelques décennies plus tard. Celle-ci fera donc, grâce à Steve McCurry, une nouvelle couverture du magazine mensuel, 17 ans après. Elle sera ainsi la première et seule personne à apparaître deux fois sur celle-ci.

J’avais donc hâte de la découvrir en grand format ! De plus, il m’arrivait très souvent de voir des photos sur l’Instagram de Steve McCurry.

Sharbat Gula 17 ans après

Le Monde de Steve McCurry peu préparé

Arrivée sur place avec mes amis, nous attendons pas moins de 40 minutes afin d’accéder aux salles d’exposition. Vu que c’est le premier weekend d’ouverture, il y a foule ! Seulement beaucoup de bémols animent cette exposition. Malgré des agents de sécurité fluidifiant la foule en laissant passer au compte-goutte, celle-ci s’amasse jusque dehors. Plus tard, nous prendrons également un bain de foule dans les deux salles, où les œuvres étaient difficilement accessible.

Le gros point négatif étant qu’il nous fût impossible de prendre nos places en avance sur le site officiel de l’exposition. Visiblement, il n’est pas fait pour supporter plusieurs dizaines d’utilisateurs commandant leurs places simultanément… C’est fou ! Presque arrivés à l’entrée des escaliers qui nous mèneront à la billetterie, une employée avertit les visiteurs. « Vous pouvez prendre vos billets en ligne, vous passerez en coupe-file ! Cela fonctionne très bien ! » Tout le monde autour de nous s’est donc jeté sur son smartphone pour accéder au Graal. Mauvaise surprise à ceux qui ont choisi  cette option ! Cela rame à fond, cela bloque… Trop de connexion en même temps et le site rend l’âme.

indiens sur une locomotive

L’attente : une douceur si exquise

Trève de plaisanterie.  Après avoir pris notre mal en patience, nous arrivons enfin à nous dégager de cette foule en furie qui trépigne pour nous voir offrir des audio-guides. Gros plus de cette exposition car c’est Steve McCurry en personne qui parle dans nos petits écouteurs. Bien entendu, la VF reprend le dessus et nous entendons les petites anecdotes du photographe dans notre langue maternelle. Une bonne partie des photos grand format nous est ainsi expliquée. Cela permet d’en savoir plus sur le contexte où ont été prises ces photos. Nous comprenons mieux l’attente du photographe pour certaines, ou l’instantané pour d’autres.

On y apprend ainsi que la photo de l’enfant qui vole à moitié dans la ruelle a par exemple été prise après attente de plusieurs heures sur deux jours. Steve McCurry ne pouvait partir sans l’avoir et a donc attendu que quelqu’un passe dans cette ruelle. Pourquoi ? Tout simplement pour faire ressortir l’éclat de ces mains rouges plaquées contre les murs. Pour nous montrer la couleur empreinte (sans jeu de mot !) sur ces murs, sur ce jeune garçon. Il aurait tout à fait pu faire la photographie sans, mais cela n’aurait pas donné pareil !

Ces anecdotes nous permettent vraiment de rentrer dans la peau du photographe. De voir au travers de ses yeux, de sa lentille d’appareil photographique, la vie dans le Monde.

mineur photographie Steve McCurry

De l’art informatif ou du voyeurisme ?

Hélas, au travers de cet objectif, nous voyons beaucoup de misère. Cette exposition de Steve McCurry nous montre l’envers du décor que beaucoup de personnes ne réalisent pas. Certains lieux sont très souvent nommés comme idylliques, et pourtant, ces photos nous montrent le contraire.

Ce photo-journaliste a été l’un des premiers à aller en Afghanistan. Il y a ainsi pu découvrir l’horreur de cette guerre, mais également les moments conviviaux passés avec les soldats. Afin de faire passer ses pellicules à l’étranger, ils les cousaient dans ses vêtements… les douaniers ne voyaient que du feu.

Cependant, et à plusieurs reprises, devant ces belles photos, nous pouvons être gênés. Comment ne pas se sentir « petit » face à la misère qui nous entoure ? Ou encore, comment se sentir voyeuriste, en payant pour voir ces œuvres ? Il est difficile de trouver là une belle explication. Cependant, sans ces images, nous n’aurions jamais vu ce qui se passait pendant la guerre du Golfe. Si Steve McCurry ne s’était pas infiltré auprès de ces soldats, nous n’aurions pas su. C’est aussi cela le photo-reportage. Où s’arrête le voyeurisme et où commence le reportage artistique ?

Ces photographes risquent également leurs vies dans ces pays. Tout comme lorsque Sadham Hussein a fait incendier tous les puits de pétrole, créant ainsi l’un des plus grand désastre au monde. La faune et la flore ont été détruites et ont provoqué bon nombre de pertes humaines également…

chameau en flamme monde de Steve McCurry

Steve McCurry raconte des histoires peu communes

Il raconte une histoire à travers chaque photographie. Une véritable poésie. L’intensité se lit au travers de ses photos. L’émotion se lit dans cette prunelle et tous ces yeux qui ont l’air de vous fixer vous font sentir petit. L’image de cet homme avec l’eau jusqu’aux épaules portant une machine à coudre me restera en mémoire. Il vient de tout perdre au travers d’une inondation. Et pourtant, il sourit. Il sourit car il a sauvé son outil de travail. Cette toute petite machine à coudre toute rouillée. Et dans l’extrait audio que j’ai pu entendre, grâce à cette photo qui a parcouru le monde en étant édité dans la revue du National Geographic, le fabricant l’a retrouvé. Il a retrouvé cet homme et lui en a offerte une meilleure.

Comme quoi, sans cette photo de Steve McCurry, cet homme aurait probablement eu moins de « chance » ! L’image de la condition humaine nous est montrée dans sa plus grande nudité.

portraits dans les yeux Steve McCurry

Steve McCurry nous indique d’ailleurs de lui-même, dans l’audioguide concernant l’une de ses photos, que « le voyage compte plus que la destination ». En effet, ses plus belles photos ont été faites alors qu’il allait sur le lieu de la photographie qu’il devait faire. Il s’arrêtait souvent prendre des portraits, et ceux-ci étaient bien plus impressionnants que la finalité prévue.  Parfois, en taxi, des gens venaient à lui, alors qu’il était arrêté à un feu rouge.

L’une de ces fois, une femme et son enfant s’est approché pour lui demander de l’argent. Il a alors sorti son appareil photo et l’a prise. Elle était sous la pluie, lui confortablement installé dans son taxi. Le contraste entre les possédants et les plus démunis, comme il le dit le plus tristement, est très fort pendant ces moments-là. Et avant même qu’il puisse sortir de l’argent pour cette femme, le taxi a redémarré en trombe…

Post-traitement ? Telle est la question !

À la fin de cette exposition, je me suis quand même posée plusieurs questions. Jusqu’où vont les photographes pour avoir tel ou tel cliché. Et surtout… Y a t-il beaucoup de post-production pour atteindre cette couleur de photo ? Car vous en serez d’accord, certaines photographies, que ce soit Steve McCurry ou d’autres, sont obligés de passer en post-traitement pour améliorer la colorimétrie. C’est alors qu’en naviguant sur le net, j’ai vu pas mal d’articles traitant du sujet. Certains vous diront « est-ce bien nécessaire ? Ne nous apercevons-nous pas suffisamment de la réalité pour la trafiquer autant ? » J’estime qu’en tant que photographe, vous pouvez retravailler certaines photos. C’est parfois obligatoire pour faire ressortir les blancs, ou simplement à cause du mauvais temps.

Le photographe est là pour raconter une histoire. Sa propre histoire. Faut-il pour autant jeter la pierre à ceux qui le font ? Cette question est d’autant plus d’actualité si l’on s’intéresse à l’art en ligne.

 

Dans les yeux de Steve McCurry

Cette exposition lyonnaise vous prend aux tripes et j’ai eu plusieurs fois les larmes aux yeux. Même sans audioguide car certaines photos ne sont pas commentées (c’est bien dommage, car nous aurions aimé en savoir plus pur certaines !). Ce Monde de Steve McCurry vous transporte hors de votre petite vie toute calme pour vous montrer la réalité. Dure certes, mais celle qui existe dans des pays en guerre ou plus pauvres que la France. Et cette vision qu’a Steve McCurry de regarder droit dans les yeux, la personne qu’il prend en photo vous émeut. Elle est là. Elle a existé et vit dans l’oeuvre de ce photographe.

Infos pratiques sur l’exposition « Le Monde de Steve McCurry »

  • Lieu : la Sucrière, 49 – 50 Quai Rimbaud, 69002 Lyon – Confluence.
  • Date : du 31/01/2019 au 26/05/2019
  • Horaires :
    – Du mardi au vendredi de 10h à 18h (y compris les vacances scolaires).
    – Week-end et jours fériés de 10h à 19h.
    – Fermé le 1er mai et les lundis (hors vacances scolaires).
  • Réserver votre billet en ligne : site officiel de l’exposition
  • Prix du billet : Plein tarif adulte : 17€

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