L’été 2018 avait été particulièrement chaud en France. Ombre, fraîcheur et repos étaient alors particulièrement appréciables : une excellente occasion de redécouvrir l’un des plus grands parcs urbains de France, le parc de la Tête d’Or à Lyon.
Je sens que vous allez me demander : « mais pourquoi devons-nous lire une énième histoire de ce parc ? » Peut-être parce que vous allez le découvrir sous un nouvel angle ! En effet, et vous le comprendrez en lisant cet article, l’art est partout au sein de ce parc. Mais avant tout, retraçons son histoire afin d’en découvrir toutes les facettes.
Prenez votre inspiration, c’est parti !
Note d’actualisation — août 2026 : cet article publié en 2018 conserve le récit et les impressions de sa visite d’origine. Les informations historiques et pratiques concernant le parc, ses espaces, son zoo et son patrimoine ont été actualisées.
Sommaire de l’article
L’histoire du parc de la Tête d’Or
Le commencement de l’histoire du parc de la Tête d’Or
Le projet du parc de la Tête d’Or prend forme au milieu du XIXe siècle. En 1856, la Ville acquiert environ 117 hectares de terrains et confie l’aménagement aux frères Denis et Eugène Bühler, paysagistes à l’origine de nombreux parcs en France. Le parc ouvre progressivement au public à partir de 1857 et constitue aujourd’hui l’un des plus grands parcs urbains de France.
Durant cette époque, les canuts – ces fameux ouvriers tisserands de la soie sur les machines à tisser en pays lyonnais – étaient pour la plupart au chômage. Plusieurs révoltes eurent lieu à cause de leurs conditions de travail et des modifications de celles-ci. Citons notamment le remplacement des métiers à tisser à bras par des métiers mécaniques. On leur a donc proposé de participer au rayonnement de leur ville en aidant celle-ci dans ses projets. Cela a permis d’apaiser les tensions des chômeurs-canuts en leur attribuant un revenu et une occupation.
Environ 3 000 d’entre eux ont ainsi été mobilisés pour déblayer une partie du parc en cours de création. Cela a ainsi permis l’élaboration du lac tel qu’on le connaît aujourd’hui. Toute cette terre a contribué à la construction des digues sur les quais du Rhône.

Mais pourquoi Tête d’Or ?
En creusant, l’un de ces canuts — toujours d’après la légende — aurait découvert une tête de Christ en or, cachée au Moyen Âge. L’histoire raconte que des querelles auraient éclaté autour de cette découverte et que la tête aurait finalement disparu de nouveau sous les eaux. Aucun trésor de ce type n’a jamais été retrouvé : la légende reste donc une jolie part du folklore lyonnais associé au nom du parc.
À cette époque, Napoléon III a souhaité doter les grandes villes de parcs. Il a ainsi été conçu pour offrir aux habitants un poumon vert (certes artificiel) de bien-être, et fut achevé en 1861. On pouvait même y circuler en voiture !
D’ailleurs, au début de son ouverture, les véhicules pouvaient circuler dans le parc et finissaient par gêner les piétons. En 1891, la Ville de Lyon impose aux automobiles qui y entrent une plaque portant un numéro d’identification lisible. Le dispositif lyonnais précède la généralisation nationale de l’immatriculation en 1901 : le parc de la Tête d’Or a ainsi joué un rôle précurseur dans l’histoire française de la plaque automobile. Le saviez-vous ?
Les amoureux des bancs publics
A l’origine, il n’y avait également pas de clôture autour du parc de la Tête d’Or. N’importe qui pouvait s’y rendre de jour comme de nuit et les autorités ont commencé à s’en inquiéter. Non pas à cause des fêtards nocturnes mais surtout à cause des dégradations. Citons par exemple le vol des bancs publics, des plantes ou même pire, des plumes d’oiseaux ! Oui, vous avez bien lu !
Le Maire a donc décidé de mettre en place des clôtures vers 1897. Cependant, les riverains mécontents ont tout détruit… Leur rivalité dura quelques années, jusqu’à la mise en place d’un muret rehaussé de grilles. À cela s’ajouta une haute grille pour les trois entrées. Il y en a sept à présent.
Bien évidemment, cela n’a jamais empêché certaines personnes d’enfreindre les horaires de fermeture. La monumentale Porte des Enfants du Rhône trouve son origine dans un concours lancé par la Ville en 1898 et remporté par Charles Meysson, futur architecte en chef de Lyon. Construite entre 1901 et 1903, elle marque l’une des entrées emblématiques du parc. Après une importante restauration, elle a été rouverte au public en juillet 2019.

Le parc de la Tête d’Or aujourd’hui
Le parc de la Tête d’Or s’étend aujourd’hui sur environ 105 hectares et réunit un lac, un jardin botanique, des roseraies, un parc zoologique, un vélodrome et de nombreuses œuvres disséminées dans ses allées. Le parc n’est pas classé en totalité aux Monuments historiques : plusieurs de ses éléments sont en revanche protégés au titre des Monuments historiques, notamment la Porte des Enfants du Rhône, la Porte Montgolfier, le monument aux morts de l’île du Souvenir et plusieurs serres.
Commençons par le lac
Nous n’allons pas parler de Julien Doré mais bel et bien de ce beau lac artificiel de 16 hectares au cœur même du parc de la Tête d’Or. Le lac a été étanchéifié à l’époque de sa construction avec de l’argile de la Dombes.
Auparavant, il était auto-alimenté par l’eau du Rhône. Mais après pas mal de travaux, et maintenant, puise l’eau dans les nappes phréatiques avec des pompes.
Vous pouvez y faire du pédalo, de la barque, mais ne vous y trompez pas, vous ne pourrez pas vous y baigner ! Non pas à cause de la pollution de l’eau mais surtout qu’il n’y a aucun aménagement prévu pour cela. Attention donc aux amendes !
Un vélodrome se trouve sur l’une des îles de ce lac. Il a été construit en 1894 à l’occasion de l’exposition universelle. Il faillit finir transformé en terrain de jeu par Édouard Herriot en 1909 mais se perpétuera et sera finalement rénové en 1934. En 1989, Jeannie Longo y a remporté deux titres de championne du monde et cette longue piste en béton accueille encore de nos jours des compétitions internationales.

Continuons par le jardin botanique
Le jardin botanique était à l’origine sur les pentes de la Croix-Rousse, quartier qui n’était pas encore rattaché à la ville de Lyon. Il deviendra le « Jardin de l’Impératrice » en 1805 en l’hommage de Joséphine de Beauharnais qui avait fait don d’une partie de sa collection de plantes exotiques. Or, ce jardin fut ravagé en 1853 par un ouragan. Le sénateur de l’époque décida de le déplacer. Il profita de la création du parc de la Tête d’Or pour l’y implanter et créer par la même occasion, un jardin d’hiver. Les serres qui comprennent aujourd’hui les plantes carnivores. Les Grandes Serres seront elles, construites en 1880.
Hormis les serres consacrées aux plantes tropicales et aux collections spécialisées, le jardin botanique comprend également trois roseraies. L’ensemble du Jardin botanique couvre aujourd’hui environ 8 hectares et rassemble plusieurs milliers d’espèces végétales, dont une partie est conservée sous serre. Joséphine aurait adoré !

Vous avez la roseraie historique au sud-est, la roseraie de concours vers le centre-sud et la Grande Roseraie au nord-ouest du parc. La première retrace l’histoire des roses à travers différentes variétés ; la deuxième reste liée à la création horticole et au concours international des Roses Nouvelles de Lyon, organisé avec la Société Française des Roses. La Grande Roseraie, inaugurée en 1964 en présence de Grace Kelly, complète cet ensemble remarquable.
Des activités pédagogiques, ludiques et culturelles sont organisées régulièrement tout au long de l’année dans ce jardin botanique du parc de la Tête d’Or. Les enfants en ressortent ravis !

Et terminons par ce que je préfère (ou pas !), le zoo !
Ce titre est tout à fait ironique, comme vous l’aurez compris ! J’abhorre ces cages renfermant des animaux malheureux et n’y ai donc jamais mis les pieds mais ceci est une autre histoire… Nous ne débattrons pas sur ce sujet aujourd’hui.
A l’époque de sa création en 1858, il s’agissait tout d’abord d’une espèce de ferme pédagogique. Son accès a toujours été gratuit et cette ménagerie s’est agrandie peu à peu, tout d’abord avec oiseaux et ensuite avec des oursons.
Je ne pourrai donc toujours pas vous raconter cette partie du parc à partir d’une visite personnelle. Le parc zoologique de Lyon présente aujourd’hui une cinquantaine d’espèces. Une partie d’entre elles participe à des programmes européens d’élevage et de conservation. Le zoo reste membre de l’Association européenne des zoos et aquariums (EAZA), et l’espace Forêts d’Asie, ouvert depuis 2021, accueille notamment plusieurs espèces menacées.
Bien entendu, vous pouvez également observer de sublimes petits animaux en liberté au sein du parc. Il y a des oies, des canards ou encore de petits écureuils ! Ou encore aller voir notre article sur le Zoo Art Show 2018, qui lui, ne présente pas d’animaux vivants ou en voie de disparition à cause de l’Homme !

Un parc engagé dans une gestion écologique
La gestion du parc évolue depuis de nombreuses années vers des pratiques plus respectueuses de la biodiversité. Depuis 2020, la Ville conduit également un programme de transformation du parc de la Tête d’Or qui associe préservation du patrimoine, adaptation au changement climatique, gestion écologique et amélioration de l’accueil des visiteurs.
Paillage, lutte biologique et attention portée aux auxiliaires naturels font partie des pratiques visibles dans les espaces plantés. Les coccinelles, par exemple, participent naturellement à la régulation de certains ravageurs. Les ruches et aménagements pédagogiques rappellent aussi le rôle essentiel des pollinisateurs dans cet écosystème urbain.
L’écologie avant tout !
La gestion de l’eau fait également partie des enjeux majeurs du parc. Les besoins d’arrosage sont ajustés aux plantations et aux conditions climatiques afin de limiter les consommations tout en préservant des collections végétales parfois très exigeantes.
La gestion des déchets verts repose notamment sur leur valorisation et leur compostage. Plus largement, les interventions cherchent à limiter l’impact des activités d’entretien sur ce vaste espace naturel au cœur de la ville.
Le parc compte plus de 8 800 arbres, dont certains sujets remarquables. Je pense notamment à ceux du côté nord-ouest du lac : platanes de grande hauteur, cèdres, séquoias, ginkgos biloba ou encore cyprès. Cette couverture végétale apporte évidemment une fraîcheur très appréciable lors des journées estivales 🙂
Et oui, on se demande encore pourquoi les villes ne plantent pas plus d’arbres pour protéger les sols goudronnés qui accentuent la chaleur…

Mais… et l’art dans tout cela ?!
Oui, je vous parle souvent (Souvent ?! Tout le temps !) d’art dans mes pérégrinations. C’est la base de notre travail au sein d’Evolyon. Je vais donc en profiter pour vous montrer les petites merveilles qui se cachent au sein du parc de la Tête d’Or. Peut-être en découvrirez-vous certaines ?
Ce sont quelques dizaines de sculptures qui sont éparpillées au sein du parc. Vous avez bien entendu la grille monumentale dont nous avons parlé plus haut, et qui vous accueille les bras ouverts par la fameuse porte des Enfants du Rhône. Un autre monument a également été érigé en commémoration des soldats lyonnais morts lors de la guerre franco-allemande en 1870. Il se trouve à l’entrée ouest du parc et a été élaboré par Adolphe Coquet, mais a été sculpté par Étienne Pagny.
La Centauresse et le Faune
Vous avez également de plus petites sculptures comme « La Centauresse et le Faune ». Elle se trouve entre le jardin botanique et le parc aux daims. Elle a été réalisée en 1852 par Auguste Courtet mais n’a été installée dans le parc que cent ans plus tard, soit en 1952. Contrairement à ce que l’on voit habituellement où les centaures enlèvent les nymphes, celle-ci joue avec nos « clichés ». Elle modifie l’ordre des choses où les sexes sont inversés. Cette sculpture presque érotique dénote légèrement avec les autres présentes au sein du parc. À peine entré dans le parc, le visiteur peut contempler cette magnifique centauresse qui porte sur sa croupe un faune alangui.

Célébrer les morts
Après chaque guerre, il était évident pour une ville de payer pour avoir son, voire ses, monuments aux morts. En effet, il fallait se rappeler ces soldats parfois très jeunes, morts pour leur patrie. Leur famille, qui parfois ne pouvait récupérer le corps de ce soldat, souhaitait se recueillir et ne pouvait le faire. Il était de mise de « célébrer » ces jeunes personnes disparues. Les commandes de sculptures bâtirent leur plein, surtout après la Première Guerre Mondiale.
C’est ainsi que Lyon se dota du monument aux morts de l’île du Souvenir. Conçu par Tony Garnier et réalisé avec plusieurs sculpteurs, dont Jean-Baptiste Larrivé, le monument est inauguré en 1930. Il rend hommage aux quelque 10 600 Lyonnais morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale.
Ce monument se trouve sur l’île au centre du lac. L’île du Souvenir et ses abords ont fait l’objet d’un important chantier de restauration engagé à partir de 2017. Le lieu est aujourd’hui de nouveau intégré à la vie mémorielle lyonnaise et accueille notamment des cérémonies officielles.
Le Floréal
Vous avez encore beaucoup d’autres statues à découvrir ! Comme La Naïade d’André Tajana, magnifique statue nous rappelant la Grèce antique, épurée, au centre d’un bassin et entourée de roses toutes plus sublimes les unes que les autres. Ou encore le Floréal (ci-dessous), œuvre très simple d’un artiste inconnu, hélas vandalisée il y a quelques années. Fort heureusement, elle a été parfaitement restaurée et qui nous montre une jeune femme tenant un bouquet de fleurs.

Conclusion
Mais après tout, l’art est-il seulement visible de façon artistique et par la main de l’Homme…? Ne sommes-nous pas entourés de multiples formes d’art comme cette belle plante qui s’enroule autour de cet arbre ? Ou ce magnifique papillon en train de butiner ?
C’est pour cela que je voulais vous emmener dans ce parc. Toute la beauté de la nature y est présente, tant de la faune et de la flore. Mais aussi de la main de l’Homme avec les sculptures, les aménagements à la française ou à l’anglaise. L’inspiration artistique se trouve tout autour de nous, et nous avons besoin de la nature pour nous y ressourcer et y trouver des idées.
Pensez à ouvrir les yeux et à relever la tête lorsque vous allez vous promener. Vous ne serez pas déçu de découvrir une curiosité artistique cachée au sein de notre belle ville de Lyon, ou même ailleurs !
Et sur ce, je vous laisse profiter des dernières vues sur le parc pour retourner à mon déjeuner sur l’herbe (mais sans Manet ! :p).