Si vous avez lu nos articles, vous vous doutez que l’art fait partie de notre quotidien. Il nous accompagne, nous questionne et nourrit notre curiosité. Dans un monde traversé par des crises et des urgences qui semblent parfois plus concrètes, une question revient pourtant : à quoi sert l’art ? C’est la même interrogation que je me suis posée il y a quelques années : l’art est-il nécessaire ?
J’aime lire, j’aime jouer aux jeux vidéo et j’aime peindre, entre autres. Pour autant, ce que je fais ne fait pas avancer les choses vers un monde meilleur. L’art est-il donc nécessaire ? Pouvons-nous faire quelque chose pour améliorer le monde, quelque chose qui serait utile pour faire une différence ?
Note d’actualisation — août 2026 : cet article publié en 2019 conserve un point de vue personnel sur la place de l’art dans notre quotidien. Quelques passages ont été précisés afin de mieux distinguer expérience artistique, santé, art-thérapie et métiers de la conservation-restauration.
Sommaire de l’article
Au commencement : l’art apparaît dans ma vie
Je remets la situation dans son contexte : j’aime peindre depuis mes 8 ans. Probablement avant certes, comme tout enfant, mais j’ai pris des cours à ce moment-là… Avec une véritable artiste qui nous enseignait les techniques et nous montrait lorsque nous n’y arrivons pas. Elle nous fournissait même le matériel ! Elle m’a permis d’étoffer mon savoir-faire et mon attirance pour l’art. Je peignais surtout des paysages et des scènes de vie plutôt que des portraits. Je n’ai jamais réussi à reproduire cette fameuse étincelle de vie sur une feuille de papier. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Mais j’ai surtout caricaturé de parfaits inconnus, détruit la beauté des animaux que je dessinais tellement c’était raté !
J’ai donc pu continuer les cours pendant un certain nombre d’années jusqu’à ce que les cours ne me prennent tout mon temps. C’est pourquoi j’ai continué seule, en m’achetant le matériel nécessaire et le chevalet adéquat. Mon book s’est drastiquement réduit puisque je ne peignais plus « obligatoirement » une fois par semaine avec cette peintre professionnelle. Mais de temps à autre, je réussissais à produire une toile correcte. Toiles qui ne sont jamais sorties du cadre familial, sauf pour une exposition dans mon village qui m’a pourtant fait gagner un prix.
S’exprimer par l’art
J’ai ainsi alterné ma vie entre sport, art et cours. L’art m’a permis de m’exprimer ouvertement. Les jeunes ont divers moyens pour s’exprimer. Cela peut être de différentes façons et parfois, pas les bonnes ! Mais on sait à présent que beaucoup d’activités permettent de s’épanouir émotionnellement afin de s’accomplir en tant qu’être humain. Les choix sont multiples et l’art en fait partie. On le voit beaucoup dans les écoles, les centres hospitaliers ou centres médicaux.
Le dessin offre parfois un moyen d’exprimer ce que les mots traduisent difficilement. Chez l’enfant comme chez l’adulte, une production artistique peut ouvrir un espace de parole ou traduire une émotion sans constituer pour autant un outil de diagnostic.

J’ai personnellement choisi la peinture pour m’exprimer, mais la danse, la photographie, la musique ou encore le street art offrent d’autres espaces d’expression. Ces pratiques ne se confondent pas pour autant avec l’art-thérapie. Les liens entre arts, santé et bien-être font l’objet d’un important corpus de recherches, notamment synthétisé par l’Organisation mondiale de la Santé. L’art-thérapie s’inscrit dans ce champ lorsqu’elle est conduite dans un contexte d’accompagnement adapté.
De plus, plus vous favorisez cet environnement d’expression et plus vous devenez bon dans ce que vous faites. Regardez les magnifiques photographies de Steve McCurry, pour preuve. La composition de chacune et l’attente qu’il a fallu pour qu’elles voient le jour sont complexes.
L’art pour mieux se connaître
Plus vous pratiquez, ou expérimentez et plus vous serez bon dans ce que vous faites. L’art permet à chacun de se renforcer tant au niveau émotionnel qu’au niveau technique. En parcourant les musées, j’ai ainsi pu admirer des milliers d’œuvres. Des peintures, des fresques, de l’art plastique, des sculptures, etc. Et pourtant, je n’aime pas tout ! Comme vous. Or, j’ai pu affiner mes goûts et me dire après bon nombre de musées visités, que je préfère telle sorte d’œuvre. Et puis ressentir telle émotion face un tableau et telle autre émotion face à un autre vous en apprend plus sur vous. Ressentir, émouvoir… tel est le but d’une œuvre d’art !
La première fois que je me suis retrouvée face au Cri de Munch, j’ai eu le souffle coupé. Cette oeuvre m’a perturbée au fond de moi. J’étais mal à l’aise, je sentais de la tristesse, de l’horreur dans cette toile. Je n’ai jamais su l’expliquer. Mais le peintre a réussi son pari : délivrer une émotion au spectateur.
De nombreux métiers sont liés à l’art, et certains sont particulièrement spécialisés. Le restaurateur du patrimoine intervient directement sur la matière d’une œuvre après une étude approfondie et selon un protocole défini avec les responsables scientifiques des collections. C’est ce travail de conservation-restauration qu’illustre la vidéo suivante.
En effet, à présent, je sais que je préfère l’impressionnisme à l’art moderne. Et je sais également que je préfère pratiquer la peinture à l’huile plutôt que l’acrylique, et ce, depuis mes 8 ans.
J’ai donc peint des dizaines de tableaux à l’huile et cela m’a permis de renforcer ma précision, notamment lorsque je travaillais la transparence des objets. Dans mon parcours, la pratique régulière de la peinture m’a surtout appris à mieux connaître mes goûts, mes limites et ma manière de progresser. Cette progression a peu à peu renforcé ma confiance dans ma pratique.
L’art au service de causes collectives
L’art ne s’arrête pas nécessairement à la sphère intime. Il devient aussi un moyen de défendre une cause, de sensibiliser ou de réunir des personnes autour d’un engagement commun.
Peut-être cette expression vous dérange ? L’accouchement personnel de l’art. Cependant, c’est tout à fait le cas. Chaque oeuvre doit mûrir avant d’atterrir sur une toile par exemple, ou sur une partition. Chaque touche est pensée, réfléchie : c’est une sorte de maïeutique artistique !

L’art soutient parfois très concrètement des actions collectives. Des artistes vendent leurs œuvres au profit d’associations ou mettent leur visibilité au service d’une cause. L’organisation Street Art for Mankind, par exemple, s’appuie sur le street art pour sensibiliser à des enjeux de droits humains et accompagner des actions de terrain.
Cet engagement reste bien sûr un choix personnel. Ce qui m’intéresse ici, c’est la capacité d’une œuvre à attirer l’attention, à fédérer et parfois à soutenir concrètement une cause.
Pourquoi l’art me paraît nécessaire
Sans rien vendre également, l’art peut simplement provoquer un sourire ou déplacer notre regard. Je pense par exemple aux dessins que Plantu a longtemps publiés dans Le Monde. Pendant quelques instants, une image suffit parfois à créer un pas de côté face à l’actualité, à nous faire réfléchir autrement ou simplement à nous offrir un répit.
C’est aussi cela, l’art. Durant les siècles passés, les artistes créaient. Et pourtant, leur pays était ravagé par la peste, ou les guerres de religion. Malgré tout, ils continuaient. Et aujourd’hui encore, nous nous émerveillons devant tant de prouesses ! Nous nous élevons grâce à eux et voyageons dans un autre monde quelques instants.
À mes yeux, l’art est donc nécessaire. Chacun y sera plus ou moins réceptif, selon sa sensibilité et les formes qui l’attirent. Le web et les réseaux sociaux ont aussi multiplié les occasions de découvrir des œuvres, des artistes et des pratiques qui seraient autrefois restés plus difficiles d’accès.
Et vous, dans quel domaine artistique étincelez-vous ?